• Deux aveugles, deux aveuglés

    Deux aveugles, deux aveuglés

     

    Deux aveugles, deux aveuglés

    Luc 6,39-42

    Jésus - Yeshoua vise trois sortes d'aveuglement, et des trois il faut nous méfier.

    ² D'abord l'aveuglement total de ceux qui n'ont jamais vu ou qui ne verront plus jamais.
    Nos frères qui sont physiquement aveugles connaissent bien leur handicap; et même s'ils mettent leur point d'honneur à ne pas demander d'aide, ils ne se risqueraient pas à guider un autre non-voyant.
    C'est bien pourtant ce qui arrive en cas d'aveuglement spirituel: plus un homme ignore qu'il ne voit pas et plus il met en danger ceux qui l'entourent et lui font confiance. C'est cette illusion redoutable que Jésus-Yeshoua , dans Saint Matthieu, reproche par deux fois aux Pharisiens: "Malheureux êtes-vous, guides aveugles!" (23,16.19); et il met ses disciples en garde contre leurs prétentions: "Laissez-les: ce sont des aveugles qui guident des aveugles" (15,14), ce sont des plants que mon Père n'a pas plantés: il n'a donné à ces hommes aucun mandat, aucune autorité, aucune lumière spéciale. Paul, à son tour, se montrera sévère pour la suffisance " des faux maîtres" :

    "Toi qui te reposes sur la Loi et qui mets ton orgueil en ton Dieu-Elohim , toi qui connais sa volonté, toi qui, instruit par la Loi, discernes l'essentiel, toi qui es convaincu d'être le guide des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres (...), toi qui enseignes autrui, tu ne t'enseignes pas toi-même!" (Rm 2,17-21).

    Ne pas voir la vérité n'est pas forcément une faute; mais ce qui fausse la conscience, c'est de se croire détenteur de la lumière. C'est ainsi que Jésus-Yeshoua répliquait à ses adversaires Pharisiens: "Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché. Mais à présent vous dites: 'Nous voyons', et votre péché demeure"(Jn 9,41). Cet aveuglement volontaire, qui mène aux ténèbres du refus, Jésus-Yeshoua le stigmatise au moment où l'aveugle-né, guéri, se prosterne devant lui: "Je suis venu en ce monde pour un discernement (krisis), afin que ceux qui ne voyaient pas voient et que ceux qui voyaient deviennent aveugles!" (Jn 9,39).

    Nous connaissons, nous aussi, cette cécité coupable, l'aveuglement par refus de la lumière. Nous en faisons l'expérience avec tristesse lorsque nous occultons en nous des zones de la pensée ou du senti profond que nous n'avons pas envie d'éclairer ni de convertir, lorsque nous nous fermons à des dialogues qui seraient libérateurs, lorsque, tournant le dos au bien communautaire et à toute réciprocité, nous défendons des privilèges, des coins d'ombre, ou des manières de voir gratifiantes.

    ² Après le péché des aveugles, le péché des aveuglés.
    Ils voient bien d'un œil, mais l'autre est aveuglé par un "corps étranger", comme on dit. S'ils acceptaient de l'aide, on les plaindrait volontiers et l'on s'affairerait autour d'eux. Au lieu de cela, ils ont l'audace, eux qui voient tout trouble de leur œil larmoyant, de se proposer pour un travail tout de finesse et de précision: enlever un fétu de l'œil d'un voisin.
    Ces gens-là sont peut-être inconscients; en tout cas ils sont dangereux. Ce sont les partisans d'une correction fraternelle intrépide, sans nuances ni discernement, les réformateurs impatients de leur communauté en fonction de leurs allergies ou de leurs idées fixes, ou les censeurs de l'Église, coupable à leurs yeux de toutes les lenteurs et de toutes les étroitesses, ou de certains compromis qu'ils ont eux-mêmes prétendument dépassés.
    Ils ne se demandent jamais: "D'où vient que mon œil pleure et m'aveugle? Quel est ce corps étranger qui trouble ma vue?" 

    ² Et Jésus-Yesoua de nous mettre en garde contre un troisième type d'aveuglement: l'aveuglement intellectuel du disciple qui veut en remontrer à son Maître, qui ne s'estime pas heureux de rejoindre humblement sa pensée, et qui voudrait récrire l'Évangile ou préciser à ses frères chrétiens ( ou même disciples ) ce qu'ils peuvent retenir du Credo. 
    Lorsque nous sentons monter en nous la tentation de reprendre à nous seuls les rênes de notre vie, de nous appuyer de nouveau sur nos évidences et de tout construire sur notre propre senti, quel est le bon réflexe, quel est le raccourci vers la guérison, sinon de nous approcher avec confiance de Jésus-Yeshoua lumière du monde, de recevoir avec humilité la boue qu'il met sur nos yeux, et d'aller nous laver à la piscine de l'Envoyé, le Siloé de la miséricorde?

    j.leveque

    « Un rare document d’Oskar Schindler daté de la guerre mis aux enchèresLa Loi et le péché. »
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